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Livres

Ci-dessous seront présentés les extraits les plus intéressants pour la cause démocratique de la définition du mot “Livre” fournie par l’encyclopédie de Diderot :

“Depuis la décadence de la langue latine, les auteurs semblent être moins curieux de bien écrire que d’écrire de bonnes choses ; de sorte qu’un livre est communément regardé comme bon, s’il parvient heureusement au but que l’auteur s’étoit proposé, quelques fautes qu’il y ait d’ailleurs. Ainsi un livre peut être bon, quoique le style en soit mauvais, par conséquent un historien bien informé, vrai & judicieux ; un philosophe qui raisonne juste & sur des principes sûrs ; un théologien orthodoxe, & qui ne s’écarte ni de l’Ecriture, ni des maximes de l’Eglise primitive, doivent être regardés comme de bons auteurs, quoique peut-être on trouve dans leurs écrits des défauts dans des matieres peu essentielles, des négligences, même des defauts de style. Voyez Baillet, jug. des sav. t. I. c. vij. p. 24. & suiv.”

“On s’est beaucoup plaint de la multitude prodigieuse des livres, qui est parvenue à un tel degré, que non-seulement il est impossible de les lire tous, mais même d’en savoir le nombre & d’en connoître les titres. Salomon se plaignoit il y a trois mille ans de ce qu’on composoit sans fin des livres ; les savans modernes ne sont ni plus retenus, ni moins féconds que ceux de son tems. Il est plus facile, dit un des premiers, d’épuiser l’océan que le nombre prodigieux de livres, & de compter les grains de sable, que les volumes qui existent. On ne pourroit pas lire tous les livres, dit un autre, quand même on auroit la conformation que Mahomet donne aux habitans de son paradis, où chaque homme aura 70000 têtes, chaque tête 70000 bouches, dans chaque bouche 70000 langues, qui parleront toutes 70000 langages différens. Mais comment ce nombre s’augmente-t-il ? Quand nous considérons la multitude de mains qui sont employées à écrire, la quantité de copistes répandus dans l’orient, occupés à transcrire, le nombre presqu’infini de presses qui roulent dans l’occident ; il semble étonnant que le monde puisse suffire à contenir ce que produisent tant de causes. L’Angleterre est encore plus remplie de livres qu’aucun autre pays, puisqu’outre ses propres productions, elle s’est enrichie depuis quelques années de celles des pays voisins. Les Italiens & les François se plaignent, que leurs meilleurs livres sont enlevés par les étrangers. Il semblent, disent-ils, que c’est le destin des provinces qui composoient l’ancien empire romain, que d’être en proie aux nations du nord. Anciennement elles conquéroient un pays & s’en emparoient ; présentement elles ne vexent point les habitans, ne ravagent point les terres, mais elles en emportent les sciences. Commigrant ad nos quotidiè callidi homines, pecuniâ instructissimi, & præclaram illam musarum supellectilem, optima volumina nobis abripiunt ; artes etiam ac disciplinas paulatim abducturi aliò, nisi studio & diligentiâ resistatis. Voyez Barthol. de libr. legend. dissertat. 5. pag. 7. Heuman. via ad histor. litter. c. vj. parag. 43. pag. 338. Facciol. orat. 1. mem. de Trev. ann. 1730. pag. 1793.”

Disons quelque chose de plus précis. Les marques plus particulieres de la bonté d’un livre, sont

1°. Si l’on sait que l’auteur excelle dans la partie absolument nécessaire pour bien traiter tel ou tel sujet qu’il a choisi, ou s’il a déja publié quelqu’ouvrage estimé dans le même genre. Ainsi l’on peut conclure que Jules-César entendoit mieux le métier de la guerre que P. Ramus ; que Caton, Palladius & Columelle savoient mieux l’Agriculture qu’Aristote, & que Ciceron se connoissoit en éloquence tout autrement que Varron. Ajoûtez qu’il ne suffit pas qu’un auteur soit versé dans un art, qu’il faut encore qu’il possede toutes les branches de ce même art. Il y a des gens par exemple, qui excellent dans le Droit civil, & qui ignorent parfaitement le Droit public. Saumaise, à en juger par ses exercitations sur Pline, est un excellent critique, & paroit très-inférieur à Milton dans son livre intitulé defensio regia.

2°. Si le livre roule sur une matiere qui demande une grande lecture, on doit présumer que l’ouvrage est bon, pourvû que l’auteur ait eu les secours nécessaires, quoiqu’on doive s’attendre à être accablé de citations, sur-tout, dit Struvius, si l’auteur est jurisconsulte.

3°. Un livre, à la composition duquel un auteur a donné beaucoup de tems, ne peut manquer d’être bon. Villalpand, par exemple, employa quarante ans à faire son commentaire sur Ezéchiel ; Baronius en mit trente à ses annales ; Gousset n’en fut pas moins à écrire ses commentaires sur l’hébreu, & Paul Emile son histoire. Vaugelas & Lamy en donnerent autant, l’un à sa traduction de Quinte-Curce, l’autre à son traité du temple. Em. Thesauro fut quarante ans à travailler son livre intitulé, idea argutæ dictionis, aussi-bien que le jésuite Carra, à son poëme appellé colombus. Cependant ceux qui consacrent un tems si considérable à un même sujet, sont rarement méthodiques & soutenus, outre qu’ils sont sujets à s’affoiblir & à devenir froids ; car l’esprit humain ne peut pas être tendu si long-tems sur le même sujet sans se fatiguer, & l’ouvrage doit naturellement s’en ressentir. Aussi a-ton remarqué que dans les masses volumineuses, le commencement est chaud, le milieu tiede, & la fin froide : apud vastorum voluminum autores, principia fervent, medium tepet, ultima frigent. Il faut donc faire provision de matériaux excellens, quand on veut traiter un sujet qui demande un tems si considérable. C’est ce qu’observent les écrivains espagnols, que cette exactitude distingue de leurs voisins. Le public se trompe rarement dans les jugemens qu’il porte sur les auteurs, à qui leurs productions ont coûté tant d’années, comme il arriva à Chapelain qui mit trente ans à composer son poëme de la Pucelle, ce qui lui attira cette épigramme de Montmaur.

Illa Capellani dudum expectata puella
Post tanta in lucem tempora prodit anus.

Quelques-uns, il est vrai, ont poussé le scrupule à un excès misérable, comme Paul Manuce, qui employoit trois ou quatre mois à écrire une épître, & Isocrate qui mit trois olympiades à composer un panégyrique. Quel emploi ou plûtôt quel abus du tems !

4°. Les livres qui traitent de doctrine, & sont composés par des auteurs impartiaux & desintéressés, sont meilleurs que les ouvrages faits par des écrivains attachés à une secte particuliere.

5°. Il faut considérer l’âge de l’auteur. Les livres qui demandent beaucoup de soin, sont ordinairement mieux faits par de jeunes gens que par des personnes avancées en âge. On remarque plus de feu dans les premiers ouvrages de Luther, que dans ceux qu’il a donnés sur la fin de sa vie. Les forces s’énervent avec l’âge ; les embarras d’esprit augmentent ; quand on a déjà vécu un certain tems, on se confie trop à son jugement, on néglige de faire les recherches nécessaires.

6°. On doit avoir égard à l’état & à la condition de l’auteur. Ainsi l’on peut regarder comme bonne une histoire dont les faits sont écrits par un homme qui en a été témoin oculaire, ou employé aux affaires publiques ; ou qui a eu communication des actes publics ou autres monumens authentiques, ou qui a écrit d’après des mémoires sûrs & vrais, ou qui est impartial, & qui n’a été ni aux gages des grands, ni honoré, c’est-à-dire corrompu par les bienfaits des princes. Ainsi Salluste & Cicéron étoient très-capables de bien écrire l’histoire de la conjuration de Catilina, ce fameux évenement s’étant passé sous leurs yeux. De même Davila, Commines, Guichardin, Clarendon, &c. qui étoient présens à ceux qu’ils décrivent. Xénophon, qui fut employé dans les affaires publiques à Sparte, est un guide sûr pour tout ce qui concerne cette république. Amelot de la Houssaye, qui a vécu long-tems à Venise, a été très-capable de nous découvrir les secrets de la politique de cet état. Cambden a écrit les annales de son tems. M. de Thou avoit des correspondances avec les meilleurs écrivains de chaque pays. Puffendorf & Rapin Toyras ont eu communication des archives publiques. Ainsi dans la Théologie morale & pratique on doit considérer davantage ceux qui sont chargés des fonctions pastorales & de la direction des consciences, que les auteurs purement spéculatifs & sans expérience. Dans les matieres de Littérature, on doit présumer en faveur des écrivains qui ont eu la direction de quelque bibliotheque.

7°. Il faut faire attention au tems & au siecle où vivoit l’auteur, chaque âge, dit Barclai, ayant son génie particulier. Voyez Barthol. de lib. legend. dissert. pag. 45. Struv. lib. cit. c. v. parag. 3. pag. 390. Budd. dissert. de crit. boni libri, parag. 7. p. 7. Heuman. comp. reip. litter. pag. 152. Struv. lib. cit. parag. 4. pag. 393. Miscell. Leps. tom. 3. pag. 287. Struv. lib. cit. par. 5. pag. 396 & suiv. Baillet, ch. x. pag. & ch. ix. pag. 378. Id. c. 1. pag. 121 & suiv. Barthol. dissert. 2. pag. 3. Struv. parag. 6. pag. 46. & parag. 15. pag. 404 & 430. Heuman. Via ad histor. litter. c. vij. parag. 7. pag. 356.

Quelques-uns croient qu’on doit juger d’un livre d’après sa grosseur & son volume, suivant la regle du grammairien Callimaque ; que plus un livre est gros, & plus il est rempli de mauvaises choses, μέγα βιβλίον μέγα κακόν. Voyez Barthol. lib. cit. Dissert. 3. pag. 62 & sviv. & qu’une seule feuille des livres des sibylles étoit préférable aux vastes annales de Volusius. Cependant Pline est d’une opinion contraire, & qui souvent se trouve véritable ; savoir, qu’un bon livre est d’autant meilleur qu’il est plus gros, bonus liber melior est quisque, quo major. Plin. epist. 20. lib. I. Martial nous enseigne un remede fort aisé contre l’immensité d’un livre, c’est d’en lire peu.

Si nimius videar, serâque coronide longus
Esse liber, legito pauca, libellus ero.

Ainsi la briéveté d’un livre est une présomption de sa bonté. Il faut qu’un auteur soit ou bien ignorant, ou bien stérile, pour ne pouvoir pas produire une feuille, ni dire quelque chose de curieux, ni écrire si peu de lignes d’une maniere intéressante. Mais il faut bien d’autres qualités pour se soutenir egalement, soit dans les choses, soit dans le style, dans le cours d’un gros volume : aussi dans ceux de cette derniere espece un auteur est sujet à s’affoiblir, à sommeiller, à dire des choses vagues ou inutiles. Dans combien de livres rencontre-t-on d’abord un préambule assommant, & une longue file de mots superflus avant que d’en venir au sujet ? Ensuite, & dans le cours de l’ouvrage, que de longueurs & de choses uniquement placées pour le grossir ! C’est ce qui se rencontre plus rarement dans un ouvrage court où l’auteur doit entrer d’abord en matiere, traiter chaque partie vivement, & attacher également le lecteur par la nouveauté des idées, & par l’énergie ou les graces du style ; au lieu que les meilleurs auteurs mêmes qui composent de gros volumes, évitent rarement les détails inutiles, & qu’il est comme impossible de n’y pas rencontrer des expressions hazardées, des observations & des pensées rebattues & communes. Voyez le Spectateur d’Adisson, n. 124.

Voyez ce qui concerne les livres dans les auteurs qui ont écrit sur l’histoire littéraire, les bibliotheques, les Sciences, les Arts, &c. sur-tout dans Salden. Christ. Liberius, id est Gull. Saldenus, βιβλιοφιλία, sive de libr. scrib. & leg. Hutrecht 1681 in-12 & Amster. dam 1688 in-8°. Struvius, introd. ad hist. litter. c. v. parag. 21. pag. 454. Barthol. de lib. legend. 1671. in-8°. & Francof. 1711 in-12. Hodannus, dissert. de lib. leg. Hanov. 1705. in-8°. Sacchinus, de ratione libros cum profectu legendi. Lips. 1711. Baillet, jugement des Savans sur les principaux ouvrages des auteurs, tome I. Buddeus, de criteriis boni libri. Jenæ 1714. Saalbach, schediasma, de libr. veterum griphis. 1705. in-4°. Fabricius, bibl. ant. c. xix. part. VII. p. 607. Reimman, idea system. antiq. litter. pag. 229 & suiv. Gabb. Putherbeus, de tollendis & expurgandis malis libris parti. 1549. in-8°. Struvius, lib. cit. c. viij. p. 694 & suiv. Théophil. Raynaud, cromata de bonis & malis libris, Iyon 1683. in-4°. Morhoff, polyhistor. litter. l. I. c. xxxvj. n. 28. p. 117. Schufner, dissert. acad. de multitud. libror. Jenoe, 1702 in-4°. Lauffer, dissert. advers. nimiam libr. multitud. Voyez aussi le journal des savans, tome XV, pag. 572. chr. got. Schwartz, de or. lib. apud veter. Lips. 1705 & 1707. Reimm. idea system. ant. litter. p. 335. Erenius, de libr. scriptor. optimis & utilis. Lugd. Batav. 1704. in-8°. dont on a donné un extrait dans les act. érudit. Lips. ann. 1704. p. 526 & suiv. On peut aussi consulter divers autres auteurs qui ont écrit sur la même matiere.”

“Tous ces livres ou écritures se tiennent presque de la même maniere pour le fond dans les principales villes de commerce de l’Europe, mais non pas par rapport aux monnoies, chacun se réglant à cet égard sur celles qui ont cours dans les états où il se trouve établi.

En France, les livres de marchands & banquiers se tiennent par livres, sols & deniers tournois, la livre valant vingt sols, & le sols douze deniers.”

Démocratie selon l’encyclopédie de Diderot

DÉMOCRATIE, s. f. (Droit polit.) est une des formes simples de gouvernement, dans lequel le peuple en corps a la souveraineté. Toute république où la souveraineté réside entre les mains du peuple, est une démocratie ; & si la souveraine puissance se trouve entre les mains d’une partie du peuple seulement, c’est une aristocratie. Voy. Aristocratie.

Quoique je ne pense pas que la démocratie soit la plus commode & la plus stable forme du gouvernement ; quoique je sois persuadé qu’elle est desavantageuse aux grands états, je la crois néanmoins une des plus anciennes parmi les nations qui ont suivi comme équitable cette maxime : « Que ce à quoi les membres de la société ont intérêt, doit être administré par tous en commun ». L’équité naturelle qui est entre nous, dit Platon, parlant d’Athenes sa patrie, fait que nous cherchons dans notre gouvernement une égalité qui soit conforme à la loi, & qu’en même tems nous nous soûmettons à ceux d’entre nous qui ont le plus de capacité & de sagesse.

Il me semble que ce n’est pas sans raison que les démocraties se vantent d’être les nourrices des grands hommes. En effet, comme il n’est personne dans les gouvernemens populaires qui n’ait part à l’administration de l’état, chacun selon sa qualité & son mérite ; comme il n’est personne qui ne participe au bonheur ou au malheur des évenemens, tous les particuliers s’appliquent & s’intéressent à l’envi au bien commun, parce qu’il ne peut arriver de révolutions qui ne soient utiles ou préjudiciables à tous : de plus, les démocraties élevent les esprits, parce qu’elles montrent le chemin des honneurs & de la gloire, plus ouvert à tous les citoyens, plus accessible & moins limité que sous le gouvernement de peu de personnes, & sous le gouvernement d’un seul, où mille obstacles empêchent de se produire. Ce sont ces heureuses prérogatives des démocraties qui forment les hommes, les grandes actions, & les vertus héroïques. Pour s’en convaincre, il ne faut que jetter les yeux sur les républiques d’Athènes & de Rome, qui par leur constitution se sont élevées au-dessus de tous les empires du monde. Et par-tout où l’on suivra leur conduite & leurs maximes, elles produiront à peu-près les mêmes effets.

Il n’est donc pas indifférent de rechercher les lois fondamentales qui constituent les démocraties, & le principe qui peut seul les conserver & les maintenir ; c’est ce que je me propose de crayonner ici.

Mais avant que de passer plus avant, il est nécessaire de remarquer que dans la démocratie chaque citoyen n’a pas le pouvoir souverain, ni même une partie ; ce pouvoir réside dans l’assemblée générale du peuple convoqué selon les lois. Ainsi le peuple, dans la démocratie, est à certains égards souverain, à certains autres il est le sujet. Il est souverain par ses suffrages, qui sont ses volontés ; il est sujet, en tant que membre de l’assemblée revêtue du pouvoir souverain. Comme donc la démocratie ne se forme proprement que quand chaque citoyen a remis à une assemblée composée de tous, le droit de régler toutes les affaires communes ; il en résulte diverses choses absolument nécessaires pour la constitution de ce genre de gouvernement.

1°. Il faut qu’il y ait un certain lieu & de certains tems réglés, pour délibérer en commun des affaires publiques ; sans cela, les membres du conseil souverain pourroient ne point s’assembler du tout, & alors on ne pourvoiroit à rien ; ou s’assembler en divers tems & en divers lieux, d’où il naîtroit des factions qui romproient l’unité essentielle de l’état.

2°. Il faut établir pour regle, que la pluralité des suffrages passera pour la volonté de tout le corps ; autrement on ne sauroit terminer aucune affaire, parce qu’il est impossible qu’un grand nombre de personnes se trouvent toûjours du même avis.

3°. Il est essentiel à la constitution d’une démocratie, qu’il y ait des magistrats qui soient chargés de convoquer l’assemblée du peuple dans les cas extraordinaires, & de faire exécuter les decrets de l’assemblée souveraine. Comme le conseil souverain ne peut pas toûjours être sur pié, il est évident qu’il ne sauroit pourvoir à tout par lui-même ; car, quant à la pure démocratie, c’est-à-dire, celle où le peuple en soi-même & par soi-même fait seul toutes les fonctions du gouvernement, je n’en connois point de telle dans le monde, si ce n’est peut-être une bicoque, comme San-Marino en Italie, où cinq cents paysans gouvernent une misérable roche dont personne n’envie la possession.

4°. Il est nécessaire à la constitution démocratique de diviser le peuple en de certaines classes, & c’est de-là qu’a toûjours dépendu la durée de la démocratie, & sa prospérité. Solon partagea le peuple d’Athenes en quatre classes. Conduit par l’esprit de démocratie, il ne fit pas ces quatre classes pour fixer ceux qui devoient élire, mais ceux qui pouvoient être élûs ; & laissant à chaque citoyen le droit de suffrage, il voulut que dans chacune de ces quatre classes on pût élire des juges, mais seulement des magistrats dans les trois premieres, composées des citoyens aisés.

Les lois qui établissent le droit du suffrage, sont donc fondamentales dans ce gouvernement. En effet, il est aussi important d’y regler comment, par qui, à qui, sur quoi les suffrages doivent être donnés, qu’il l’est dans une monarchie de savoir quel est le monarque, & de quelle maniere il doit gouverner. Il est en même tems essentiel de fixer l’âge, la qualité, & le nombre de citoyens qui ont droit de suffrage ; sans cela on pourroit ignorer si le peuple a parlé, ou seulement une partie du peuple.

La maniere de donner son suffrage, est une autre loi fondamentale de la démocratie. On peut donner son suffrage par le sort ou par le choix, & même par l’un & par l’autre. Le sort laisse à chaque citoyen une espérance raisonnable de servir sa patrie ; mais comme il est défectueux par lui-même, les grands législateurs se sont toûjours attachés à le corriger. Dans cette vûe, Solon régla qu’on ne pourroit élire que dans le nombre de ceux qui se presenteroient ; que celui qui auroit été élû, seroit examiné par des juges, & que chacun pourroit l’accuser sans être indigne. Cela tenoit en même tems du sort & du choix. Quand on avoit fini le tems de sa magistrature, il falloit essuyer un autre jugement sur la maniere dont on s’étoit comporté. Les gens sans capacité, observe ici M. de Montesquieu, devoient avoir bien de la répugnance à donner leur nom pour être tirés au sort.

La loi qui fixe la maniere de donner son suffrage, est une troisieme loi fondamentale dans la démocratie. On agite à ce sujet une grande question, je veux dire si les suffrages doivent être publics ou secrets ; car l’une & l’autre méthode se pratique diversement dans différentes démocraties. Il paroit qu’ils ne sauroient être trop secrets pour en maintenir la liberté, ni trop publics pour les rendre authentiques, pour que le petit peuple soit éclairé par les principaux, & contenu par la gravité de certains personnages. A Genêve, dans l’élection des premiers magistrats, les citoyens donnent leurs suffrages en public, & les écrivent en secret ; ensorte qu’alors l’ordre est maintenu avec la liberté.

Le peuple qui a la souveraine puissance, doit faire par lui même tout ce qu’il peut bien faire ; & ce qu’il ne peut pas bien faire, il faut qu’il le fasse par ses ministres : or les ministres ne sont point à lui, s’il ne les nomme. C’est donc une quatrieme loi fondamentale de ce gouvernement, que le peuple nomme ses ministres, c’est-à-dire ses magistrats. Il a besoin comme les monarques, & même plus qu’eux, d’être conduit par un conseil ou sénat : mais pour qu’il y ait confiance, il faut qu’il en élise les membres, soit qu’il les choisisse lui-même, comme à Athenes, ou par quelque magistrat qu’il a établi pour les élire, ainsi que cela se pratiquoit à Rome dans quelques occasions. Le peuple est très-propre à choisir ceux à qui il doit confier quelque partie de son autorité. Si l’on pouvoit douter de la capacité qu’il a pour discerner le mérite, il n’y auroit qu’à se rappeller cette suite continuelle de choix excellens que firent les Grecs & les Romains : ce qu’on n’attribuera pas sans doute au hasard. Cependant comme la plûpart des citoyens qui ont assez de capacité pour élire, n’en ont pas assez pour être élûs ; de même le peuple, qui a assez de capacité pour se faire rendre compte de la gestion des autres, n’est pas propre à gérer par lui-même, ni à conduire les affaires, qui aillent avec un certain mouvement qui ne soit ni trop lent ni trop vîte. Quelquefois avec cent mille bras il renverse tout ; quelquefois avec cent mille piés, il ne va que comme les insectes.

C’est enfin une loi fondamentale de la démocratie, que le peuple soit législateur. Il y a pourtant mille occasions où il est nécessaire que le sénat puisse statuer ; il est même souvent à-propos d’essayer une loi avant que de l’établir. La constitution de Rome & celle d’Athenes étoient très-sages : les arrêts du sénat avoient force de loi pendant un an ; ils ne devenoient perpétuels que par la volonté du peuple : mais quoique toute démocratie doive nécessairement avoir des lois écrites, des ordonnances, & des réglemens stables, cependant rien n’empêche que le peuple qui les a donnés, ne les révoque, ou ne les change toutes les fois qu’il le croira nécessaire, à moins qu’il n’ait juré de les observer perpétuellement ; & même en ce cas-là, le serment n’oblige que ceux des citoyens qui l’ont eux-mêmes prété.

Telles sont les principales lois fondamentales de la démocratie. Parlons à présent du ressort, du principe propre à la conservation de ce genre de gouvernement. Ce principe ne peut être que la vertu, & ce n’est que par elle que les démocraties se maintiennent. La vertu dans la démocratie est l’amour des lois & de la patrie : cet amour demandant un renoncement à soi-même, une préférence continuelle de l’intérêt public au sien propre, donne toutes les vertus particulieres ; elles ne sont que cette préférence. Cet amour conduit à la bonté des mœurs, & la bonté des mœurs mene à l’amour de la patrie ; moins nous pouvons satisfaire nos passions particulieres, plus nous nous livrons aux générales.

La vertu dans une démocratie, renferme encore l’amour de l’égalité & de la frugalité ; chacun ayant dans ce gouvernement le même bonheur & les mêmes avantages, y doit goûter les mêmes plaisirs, & former les mêmes espérances : choses qu’on ne peut attendre que de la frugalité générale. L’amour de l’égalité borne l’ambition au bonheur de rendre de plus grands services à sa patrie, que les autres citoyens. Ils ne peuvent pas lui rendre tous des services égaux, mais ils doivent également lui en rendre. Ainsi les distinctions y naissent du principe de l’égalité, lors même qu’elle paroît ôtée par des services heureux, & par des talens supérieurs. L’amour de la frugalité borne le desir d’avoir à l’attention que demande le nécessaire pour sa famille, & même le superflu pour sa patrie.

L’amour de l’égalité & celui de la frugalité sont extrèmement excités par l’égalité & la frugalité même, quand on vit dans un état où les lois établissent l’un & l’autre. Il y a cependant des cas où l’égalité entre les citoyens peut être ôtée dans la démocratie, pour l’utilité de la démocratie.

Les anciens Grecs pénétrés de la nécessité que les peuples qui vivoient sous un gouvernement populaire, fussent élevés dans la pratique des vertus nécessaires au maintien des démocraties, firent pour inspirer ces vertus, des institutions singulieres. Quand vous lisez dans la vie de Lycurgue les lois qu’il donna aux Lacédémoniens, vous croyez lire l’histoire des Sévarambes. Les lois de Crete étoient l’original de celles de Lacédémone, & celles de Platon en étoient la correction.

L’éducation particuliere doit encore être extrèmement attentive à inspirer les vertus dont nous avons parlé ; mais pour que les enfans les puissent avoir, il y a un moyen sûr, c’est que les peres les ayent eux-mêmes. On est ordinairement le maître de donner à ses enfans ses connoissances ; on l’est encore plus de leur donner ses passions : si cela n’arrive pas, c’est que ce qui a été fait dans la maison paternelle est détruit par les impressions du dehors. Ce n’est point le peuple naissant qui dégénere ; il ne se perd que lorsque les hommes faits sont déjà corrompus.

Le principe de la démocratie se corrompt, lorsque l’amour des lois & de la patrie commence à dégénérer, lorsque l’éducation générale & particuliere sont négligées, lorsque les desirs honnêtes changent d’objets, lorsque le travail & les devoirs sont appellés des gênes ; dès-lors l’ambition entre dans les cœurs qui peuvent la recevoir, & l’avarice entre dans tous. Ces vérités sont confirmées par l’histoire. Athenes eut dans son sein les mêmes forces pendant qu’elle domina avec tant de gloire, & qu’elle servit avec tant de honte ; elle avoit vingt mille citoyens lorsqu’elle défendit les Grecs contre les Perses, qu’elle disputa l’empire à Lacédémone, & qu’elle attaqua la Sicile ; elle en avoit vingt mille, lorsque Démétrius de Phalere les dénombra, comme dans un marché l’on compte les esclaves. Quand Philippe osa dominer dans la Grece, les Atheniens le craignirent non pas comme l’ennemi de la liberté, mais des plaisirs. Ils avoient fait une loi pour punir de mort celui qui proposeroit de convertir aux usages de la guerre, l’argent destiné pour les théatres.

Enfin le principe de la démocratie se corrompt, non-seulement lorsqu’on perd l’esprit d’égalité, mais encore lorsqu’on prend l’esprit d’égalité extrème, & que chacun veut être égal à celui qu’il choisit pour lui commander : pour lors, le peuple ne pouvant souffrir le pouvoir qu’il confie, veut tout faire par lui-même, délibérer pour le sénat, exécuter pour les magistrats, & dépouiller tous les juges. Cet abus de la démocratie se nomme avec raison une véritable ochlocratie. Voyez ce mot. Dans cet abus, il n’y a plus d’amour de l’ordre, plus de mœurs, en un mot plus de vertu : alors il se forme des corrupteurs, de petits tyrans qui ont tous les vices d’un seul ; bien-tôt un seul tyran s’éleve sur les autres, & le peuple perd tout jusqu’aux avantages qu’il a cru tirer de sa corruption.

Ce seroit une chose bienheureuse si le gouvernement populaire pouvoit conserver l’amour de la vertu, l’exécution des lois, les mœurs, & la frugalité ; s’il pouvoit éviter les deux excès, j’entens l’esprit d’inégalité qui mene à l’aristocratie, & l’esprit d’égalité extrème qui conduit au despotisme d’un seul : mais il est bien rare que la démocratie puisse longtems se préserver de ces deux écueils. C’est le sort de ce gouvernement admirable dans son principe, de devenir presque infailliblement la proie de l’ambition de quelques citoyens, ou de celle des étrangers, & de passer ainsi d’une précieuse liberté dans la plus grande servitude.

Voilà presque un extrait du livre de l’esprit des lois sur cette matiere ; & dans tout autre ouvrage que celui-ci, il auroit suffi d’y renvoyer. Je laisse aux lecteurs qui voudront encore porter leurs vûes plus loin, à consulter le chevalier Temple, dans ses œuvres posthumes ; le traité du gouvernement civil de Locke, & le discours sur le gouvernement par Sidney. Article de M. le Chevalier de Jaucourt.

Hollar

Down with the D, the H of Humanity and Hours precedes now money.

This monetary system is meant to be universal. It is inspired by Bernard Friot’s model (all life wage) but with consent. This system will be supported by a social system Athomix (please see next page).

Let’s take Sandra’s example. She has 3 main activities : sleeping, family time, and managing an Hotel team of worker. Every hour of existence on the system will be paid 10 Hollars.

When Sandra engages into a productive activity she engages skills and experience. The 10 Hollars will be multiplied by her CUI (Common Utility Indiciary : qualification and experience).

Sandra has 1.7 CUI. She earns 17 Hollars per hour of productive activity.

On a normal day, she works 6 hours and makes 265 heuros a day (18 x 10 + 6 x 17).

With that amount, she can buy in the system.

This currency will create a new accounting paradigm. Instead of considering the engagement of the Sandra’s time as a cost, it will be counted as an investment.

Her yearly time engaged (1 500 hours) represent 25 500 heuros, which the enterprise can invests, up front.

The money has a time stamp which makes it usable during 2 years, after that it is recycled in the system. Money must move.

Athomix

This is a new social organization (social network) which consider the elective process can be substituted by sortition to designate group representants.

Election is a power full tool that gives almost divine power to the person elected. It transcend them, for the best sometime, more often for the worst.

Athomix considers humans as atoms which bond with one another and form molecules/groups of atoms.

In Athomix, a user can initiate a bond, precise its intentions (productive, affective or administrative). It can determine the way power is distributed (election, social shares, dictatorial or sortition). Other user that could share its intention could join the group/molecule, would consent to the organization of power and engage their time in order to realize the group intentions.

The time of work is paid in Hollar (please see at the back)

Local administrative molecules are responsible for the book keeping for the affective and productive groups/molecules located in their territorial limits.

Central admins are picked among users by sortition, they will be responsible for deciding the law with the consent expressed via referendum.

Tax will be abolished and administration will provide clear information on the projects they want to set forward so users can decide freely what services they need, at which level. Administrations will not serve the political power but their population.

Borders will also be abolished.

Anis, Azzam, Julien, Mihail, Paulina, Jamie, Nikol, are thinking, building and designing this system. If you want to get involved or help them financially, you are very welcome.

Hollar : a one way ticket toward Democracy.

Social share : 35 euros

Journaliste dépendant du Pouvoir Politique

Les journalistes constituent une part essentielle de l’appareil d’État. Même s’ils sont critiques à son endroit, il ne peuvent considérer la fin d’un pouvoir pourtant défaillant.

Ils ont besoin même qu’il défaille. Sans les affaires, l’impuissance politique, les ridiculades, qu’auraient à raconter les journalistes ?

Acheterait-on les journaux ou suivrions nous une actualité qui doit être nécessairement effrayant, scandaleuse, choquante. car notre attention se monnaie à prix d’or.

Est-ce que les journalistes ne sont pas comme des pique-boeuf, sans les boeufs ils n’existeraient pas.

Homme politique une espèce en voie de disparition.

La politique a gouverné l’humanité depuis des milliers d’année, en tant qu’art. Elle devint une science lorsque qu’en 1871 Monsieur Boutmy créa l’École Libre des Sciences Politiques.

Depuis lors, la science politique a conquit les gouvernement de nombreux pays. Mais la Science Politique s’éteint et les hommes qui la manient sont aujourd’hui en voie d’extinction.

On pourrait croire que tous les journalistes ne sont pas spécialisés dans la politique, mais c’est faux. la science politique, et son outil : l’élection, on envahit de nombreux secteurs de la société.

Ainsi un journaliste sportif qui commente une décision de l’uefa ou de la Fifa, est un journaliste politique. il parle d’un univers régie par les mêmes règles que celles d’un parlement.

Le tirage au sort impossible pour les journalistes

Le tirage au sort, mis en avant par Etienne Chouard, est l’outil démocratique. Lorsqu’il sera mis en place et que son effectivité à désigner des représentants efficace à satisfaire aux attente de la population, la démocracie sera établie.

La Démocratie, met en danger une partie de l’appareil d’État, dont les journalistes.

Imaginez un monde qui fonctionne mieux, aurait-on besoin de nous distraire de notre vie par des actualités effrayantes, choquantes, scandaleuses…

Les conditions matérielles d’existence des grands journaux actuels sont dépendantes de l’incurie politique. Si le show s’arrête, plus de lecteur.

C’est pour cette raison que l’appareil médiatique à disqualifié Etienne en lui collant une étiquette d’antisémite.

On ne peut leur reprocher. On peut avoir de la pitié vis-àvis d’une profession qui vit ses dernières heures enchainés.

Elle n’arrive pas à imaginer comment elle va gagner sa vie s’il n’y a plus toutes ces actualités croustillantes.

Ne vous inquietez pas chers journalistes, la population aura toujours besoin d’être informée sur les choses qu’il faudra améliorer, les situations nécessitant une attention particulière.

Mais ces situations ne se trouvent pas dans des salons parisiens, ni dans les cabinets ministériels, encore moins dans les coulisses politiques. Sortez-en et découvrez la population que vous servez !

Il n’y aura pas de place, dans le monde démocratiques, pour des journalistes de cour. Réinventez vous, réinventez votre profession.

Démocratisez vos syndicats sur lesquels des rentiers règnent et oublient de servir vos intérêts et ceux de la population. Ce n’est pas de leur faute, mais du principe électoral.

La même chose a lieu dans vos rédactions. Si vous tirez au sort, parmi-vous, les rédacteurs en chefs, vous vous ouvrirez un nouveau monde d’information, et vous libérerez votre profession.

La démocratie est à portée de main.